Nikola Tesla : il y a plus de 100 ans, il voyait déjà Internet.

La lecture récente de l’autobiographie de Nikola Tesla, « Mes inventions« , m’a fait redécouvrir ce génie mal connu et passionnant. Pour rappel, Tesla était un ingénieur américain d’origine serbe. Né en 1856 et décédé en 1943, il est principalement connu pour ses travaux sur l’électricité et la distribution de l’énergie électrique.

Nikola Tesla, vers 1890.

De nos jours, son nom est connu du grand public grâce/à cause d’une marque de voitures électriques fondée par Elon Musk. Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de mentionner les redoutables « bobines de Tesla », d’un jeu vidéo qui a marqué ma jeunesse : Command & Conquer – Alerte rouge 🙂

L’objet de ce billet n’est pas de faire la biographie de Tesla – Wikipedia le fait très bien 🙂 – mais d’attirer l’attention sur quelques passages de « Mes inventions » qui m’ont particulièrement intéressés et qui parlent de ce que Tesla appelle le « Système Mondial« . A la lecture de la description de ce dispositif – écrite aux alentours de 1900 – on ne peut s’empêcher de penser à un « système mondial » qui rythme la vie quotidienne de plusieurs milliards d’êtres humains sur Terre aujourd’hui : Internet. 🙂

Jugez-en par vous-même :

Le Système Mondial est le résultat de la réunion de quelques-unes des découvertes originales faites par l’inventeur, au cours de ses recherches et expérimentations. Il autorise non seulement la transmission instantanée et précise sans fil de signaux, de messages et de caractères partout dans le globe, mais également l’interconnexion de la totalité des systèmes téléphoniques et télégraphiques, ainsi que des autres stations de données, sans obligation de modifier les équipements existants. Grâce à lui, un abonné du téléphone peut communiquer avec n’importe quel autre abonné sur Terre. Un récepteur bon marché, de la taille d’une montre, lui permettra de suivre, sur terre comme sur mer, la retransmission d’un discours ou d’une musique émis ailleurs, quel que soit l’éloignement. Ces exemples entendent surtout donner une idée des possibilités qu’offre cette percée scientifique, qui abolit les distances, et prouve que ce conducteur naturel, on veut parler de la Terre, peut permettre d’atteindre les innombrables objectifs que l’ingéniosité humaine a jusqu’ici placés dans ses lignes de transmission. Le résultat de grande portée, c’est que tout appareil, comportant un ou plusieurs fils (à une distance manifestement limitée), pourra désormais fonctionner de la même façon, sans conducteurs artificiels et avec autant de facilité et d’efficacité, à des distances dont les seules limites seront celles fixées par notre planète. Avec cette méthode de transmission idéale, s’ouvrent de nouveaux champs d’exploitation commerciale, sans pour autant toucher aux domaines d’activité qui fonctionnent déjà.

Le Système Mondial repose sur la mise en application des inventions et découvertes suivantes :
– le transformateur Tesla ;
– le transmetteur amplificateur ;
– le système sans fil Tesla ;
– la technique de l’individualisation ;
– les ondes stationnaires terrestres.

[…] Voici quelques utilisations possibles :
– interconnexion des échanges et bureaux télégraphiques existant partout dans le monde ;
– instauration d’un service télégraphique gouvernemental secret et ne pouvant pas être intercepté ;
– interconnexion de tous les échanges et centrales téléphoniques du monde ;
– diffusion universelle de l’information par le télégraphe ou le téléphone, en connexion avec la presse ;
– instauration d’un Système Mondial de transmission de renseignements, à usage exclusivement privé ;
– interconnexion et travail de tous les télé-imprimeurs boursiers dans le monde ;
– instauration d’un Système Mondial de diffusion de musique ;
– enregistrement universel de l’heure, au moyen de pendules bon marché indiquant l’heure avec une précision astronomique et ne réclamant aucun entretien ;
– transmission mondiale de caractères, lettres, chèques, etc. calligraphiés ou tapés à la machine ;
– instauration d’un service universel pour la marine, offrant aux navigateurs la possibilité de s’orienter sans boussole, de déterminer position exacte, heure et vitesse, de prévenir collision et naufrages, etc.
– inauguration d’un système d’impression mondiale sur terre et sur mer ;
– reproduction mondiale de photos et de toutes sortes de dessins.

Nikola Tesla

Troublant, n’est-ce pas ? 😉

Une traduction française et complète de Mes inventions est disponible ici.

« Stratégie » : ça veut dire quoi ?

Pour ce tout premier article d’Upsigma, j’ai voulu mettre par écrit quelques éléments de réflexion sur une série de questions qui me taraude – et que l’on se pose autour de moi – depuis des années : c’est quoi la stratégie ? ça veut dire quoi « stratégique » ?

De nos jours, le mot « stratégie » et l’adjectif « stratégique » sont rentrés dans le langage courant, pour désigner des matières et propriétés relativement diverses. On se rappellera pourtant que la stratégie est une matière vieille de plus de 2000 ans – le premier stratège étant réputé être le général chinois Sun Tzu, du VIe siècle avant J.-C., auteur du célèbre ouvrage L’Art de la guerre – qui a fait l’objet de nombreuses études et documentations passionnantes depuis.

Quelques recherches m’ont amené à considérer 3 principaux groupes de représentation de la question.

#1. Le premier groupe voit la stratégie comme un art à exercer dans un contexte d’altérité, de conflictualité et d’adversité. C’est la stratégie des puristes, la plus ancestrale, celle de Sun Tzu, Machiavel, von Clausewitz, Beaufre et Liddell Hart dans le monde militaire, celle de Bruce Henderson et de Michael Porter dans le monde de l’entreprise. Elle n’existe que dans l’affrontement avec un Autre, dont les volontés et actions sont souvent hors de notre champ de contrôle, dans un environnement dont la complexité est elle-même de plus en plus difficile à appréhender.

#2. Le deuxième groupe utilise l’adjectif « stratégique » pour désigner ce qui est de « haut niveau » : important, crucial, névralgique, incontournable, très englobant, ayant une longue portée temporelle et/ou géographique, ou plus largement intéressant directement les dirigeants. Cette vision :

  • priorise les questions – ce qui est stratégique est ce qu’il y a de plus important ;
  • et hiérarchise la façon de les traiter – au sein des armées, on parle par exemple souvent des niveaux stratégique, opératif et tactique.

#3. Enfin, un troisième groupe comprend la stratégie comme une démarche planificatrice visant à définir une approche générale pour une entité ou une activité. On parle ici de directions, d’orientations, de plans, de feuilles de route, d’axes d’efforts ou encore de principes structurants. Les puristes de la stratégie pourraient critiquer l’aspect trop peu « décisionnaire » de cette acception, car point de vraie stratégie sans décision, sans renoncement, sans opposition !

Au-delà d’une volonté ayatollesque cherchant à fixer les bonnes et mauvaises façons de parler de stratégie, ce morceau de réflexion vise déjà à proposer une (très modeste) grille de lecture des usages en vigueur. A plusieurs reprises ces dernières années, j’ai été interrogé, dans mon contexte professionnel, sur la signification du mot « stratégie ». En m’essayant à livrer une explication comme celle proposée ci-dessus, j’ai souvent pu constater un début d’auto-censure chez mes interlocuteurs. « Zut, c’est vrai que j’utilise le mot stratégie à tort et à travers », me laissaient-ils comprendre. J’ai souvent rétorqué que l’utilisation même du mot « stratégie » n’est jamais un problème… tant que l’on est tous d’accord sur ce que l’on met derrière !

Et pour vous, c’est quoi une « question stratégique » ?