« Stratégie » : ça veut dire quoi ?

Pour ce tout premier article d’Upsigma, j’ai voulu mettre par écrit quelques éléments de réflexion sur une série de questions qui me taraude – et que l’on se pose autour de moi – depuis des années : c’est quoi la stratégie ? ça veut dire quoi « stratégique » ?

De nos jours, le mot « stratégie » et l’adjectif « stratégique » sont rentrés dans le langage courant, pour désigner des matières et propriétés relativement diverses. On se rappellera pourtant que la stratégie est une matière vieille de plus de 2000 ans – le premier stratège étant réputé être le général chinois Sun Tzu, du VIe siècle avant J.-C., auteur du célèbre ouvrage L’Art de la guerre – qui a fait l’objet de nombreuses études et documentations passionnantes depuis.

Quelques recherches m’ont amené à considérer 3 principaux groupes de représentation de la question.

#1. Le premier groupe voit la stratégie comme un art à exercer dans un contexte d’altérité, de conflictualité et d’adversité. C’est la stratégie des puristes, la plus ancestrale, celle de Sun Tzu, Machiavel, von Clausewitz, Beaufre et Liddell Hart dans le monde militaire, celle de Bruce Henderson et de Michael Porter dans le monde de l’entreprise. Elle n’existe que dans l’affrontement avec un Autre, dont les volontés et actions sont souvent hors de notre champ de contrôle, dans un environnement dont la complexité est elle-même de plus en plus difficile à appréhender.

#2. Le deuxième groupe utilise l’adjectif « stratégique » pour désigner ce qui est de « haut niveau » : important, crucial, névralgique, incontournable, très englobant, ayant une longue portée temporelle et/ou géographique, ou plus largement intéressant directement les dirigeants. Cette vision :

  • priorise les questions – ce qui est stratégique est ce qu’il y a de plus important ;
  • et hiérarchise la façon de les traiter – au sein des armées, on parle par exemple souvent des niveaux stratégique, opératif et tactique.

#3. Enfin, un troisième groupe comprend la stratégie comme une démarche planificatrice visant à définir une approche générale pour une entité ou une activité. On parle ici de directions, d’orientations, de plans, de feuilles de route, d’axes d’efforts ou encore de principes structurants. Les puristes de la stratégie pourraient critiquer l’aspect trop peu « décisionnaire » de cette acception, car point de vraie stratégie sans décision, sans renoncement, sans opposition !

Au-delà d’une volonté ayatollesque cherchant à fixer les bonnes et mauvaises façons de parler de stratégie, ce morceau de réflexion vise déjà à proposer une (très modeste) grille de lecture des usages en vigueur. A plusieurs reprises ces dernières années, j’ai été interrogé, dans mon contexte professionnel, sur la signification du mot « stratégie ». En m’essayant à livrer une explication comme celle proposée ci-dessus, j’ai souvent pu constater un début d’auto-censure chez mes interlocuteurs. « Zut, c’est vrai que j’utilise le mot stratégie à tort et à travers », me laissaient-ils comprendre. J’ai souvent rétorqué que l’utilisation même du mot « stratégie » n’est jamais un problème… tant que l’on est tous d’accord sur ce que l’on met derrière !

Et pour vous, c’est quoi une « question stratégique » ?